L’émergence de mycoses est un grand classique des effets indésirables médicamenteux. Avec quelles classes de médicaments faut-il faire attention ? Quels en sont les mécanismes ? Que peut-on faire pour les éviter ?
Le fonctionnement d’un microbiote sain Les bactéries ne sont pas les seuls organismes microscopiques qui peuplent nos différentes flores. Qu’elles soient intestinales, buccales, vaginales ou cutanées, on y trouve aussi des champignons, en très petite quantité certes (moins de un pour mille), mais desquels dépend l’équilibre de tout le système. Ces microbiotes sont en effet les chefs d’orchestre de l’harmonie de la plupart de nos fonctions vitales, immunité, digestion, reproduction, respiration, … pour autant que tout ce monde invisible joue la même partition. Mais comme tout n’est pas toujours réglé comme du papier à musique, des fausses notes viennent de temps à autre entacher la bonne entente des acteurs du système, en particulier lorsque des modifications de l’environnement se produisent.
Principales causes d’infections à champignons
Les facteurs qui rendent possibles la prolifération pathologique de champignons microscopiques à la surface de la peau ou des muqueuses sont bien connus : il s’agit soit d’une transmission directe depuis une surface ou une personne infectée, comme à la piscine, soit d’un problème d’humidité excessive, comme chez les sportifs qui transpirent beaucoup et longtemps, soit encore d’un déséquilibre du microbiote, dont certains médicaments peuvent être à l’origine.
Les médicaments à risque
- Corticostéroïdes : les médicaments contenant un dérivé de la cortisone servent à lutter contre d’innombrables pathologies, inflammatoires, immunitaires ou allergiques. Traitements puissants aux bénéfices spectaculaires, ils exigent d’être utilisés selon les règles de l’art pour éviter des effets indésirables. Cet aspect est particulièrement délicat à gérer, du fait que l’action immunosuppressive des corticoïdes peut justement être celle que l’on recherche ou, au contraire, celle que l’on redoute. Il n’en reste pas moins que la cortisone perturbe toutes les cellules du système immunitaire, et augmente en conséquence le risque infectieux. La survenue majoritaire d’infections mycosiques plutôt que bactériennes s’explique par le fait que les lymphocytes T sont la cible préférentielle des corticostéroïdes. Or ce sont ces lymphocytes T qui en temps normal s’efforcent de limiter la croissance de nos champignons.
- Antibiotiques : la découverte des antibiotiques a permis de soigner la plupart des infections bactériennes, sauvant ainsi des millions de vies. Les antibiotiques dits «à large spectre» ont l’avantage d’être efficaces sur plusieurs types de germes néfastes, mais ont en même temps l’inconvénient de détruire les «bonnes» bactéries, celles qui composent les microbiotes. Les lactobacilles de la flore vaginale sont spécialement sensibles à ces antibiotiques, et leur disparition laisse le champ libre aux autres hôtes de cette flore, dont les champignons à l’origine des mycoses vaginales. Les effets indésirables digestifs des antibiotiques procèdent du même mécanisme. Les traitements antibiotiques n’entravent donc pas le système immunitaire comme la cortisone, mais perturbent le bon équilibre des microbiotes.
- Autres catégories : tout médicament interférant avec l’immunité a le potentiel de favoriser les infections, qu’elles soient bactériennes, virales ou fongiques. C’est le cas par exemple des thérapies modernes visant à contrôler les maladies auto-immunes telles que la polyarthrite ou la sclérose en plaque. Les oestrogènes contenus dans les contraceptifs oraux peuvent eux aussi contribuer à favoriser la prolifération de levures et la survenue de mycoses vaginales. Et comme souvent, l’alimentation fait partie de l’équation : elle influence de façon décisive le système immunitaire et la com-position des microbiotes.
Prévention des mycoses médicamenteuses
La prévention des mycoses consécutives à un traitement médicamenteux doit tenir compte du type de médicament en cause. Lors d’un traitement avec un dérivé de cortisone, les effets sur l’immunité dépendent de la dose et de la durée, d’où l’importance de respecter scrupuleusement le mode d’emploi prescrit. La prise en charge de l’asthme ou de la BPCO nécessite souvent d’inhaler des corticoïdes au long cours ; le rinçage de la bouche après chaque utilisation est alors incontournable pour prévenir l’apparition de candidoses buccales.
En ce qui concerne les antibiotiques, l’approche est différente, elle consiste à renforcer la flore intestinale et vaginale par la prise prophylactique de probiotiques. On trouve en pharmacie des préparations précisément destinées à cet objectif.
Bien entendu, les mesures de prévention générales contre les mycoses restent d’autant plus recommandées au cours d’un traitement médical à risque. Elles impliquent de réduire la chaleur et l’humidité en séchant parfaitement la peau après la toilette, en portant des sous-vêtements en coton changés chaque jour, des chaussures respirantes, etc. Une hygiène rigoureuse s’impose plus spécialement dans les piscines, vestiaires et autres milieux collectifs à risque, avec le port de sandales et l’utilisation de serviettes propres et personnelles.

